Monaco : La régie des tabacs se prépare à la loi... anti-tabac

Photo : Eric Dulière
Pas un paquet de cigarettes ne transite pas par le hangar de la régie des tabacs en entrant en principauté.
P our fumer c'est dehors... Cette phrase risque bien d'être le gimmick de l'automne. La loi monégasque 1.346 du 9 mai 2008 sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics, entrera en vigueur en principauté le 1er novembre prochain. Soit onze mois après la France, et trois ans après l'Italie.
Cette loi constitue une petite révolution pour la régie des tabacs monégasque : pas la moindre cigarette n'entre en principauté sans passer par cet organisme, situé depuis 1966 dans un petit hangar de l'avenue de Grande-Bretagne, où s'entasse la marchandise destinée à approvisionner les 35 débits de tabac monégasques.
Un monopole « pour être garant de l'origine des produits et de la qualité » comme le précise Phillipe Gatti, directeur de la régie. Chiffre d'affaire annuel : 15 millions d'euros. Le marché a déjà pris une sérieuse gifle en 2003 avec l'augmentation du prix des cigarettes, l'opération anti-tabac lancée en principauté n'arrangera sûrement pas les choses.
Un semi-remorque par mois
« Nous avons déjà perdu énormément même si, heureusement, il reste la clientèle touristique ». En effet, la mairie, le Grimaldi Forum, le gouvernement ont déjà banni la fumée de leurs locaux. Mais comme le précise Philippe Gatti « il faudra attendre au moins un an pour étudier l'impact de la loi sur les ventes ». Maligne, la régie des tabacs a déjà commercialisé, chez les buralistes la cigarette électronique (permise dans les lieux publics) avec nicotine. La version sans nicotine se trouve en pharmacie.
Pour les cigarettes, les vraies (!), les commandes varient selon la demande des buralistes. En général, un semi-remorque réapprovisionne le hangar tous les mois. Pour le Grand Prix, c'est trois semi-remorques qui déchargent. Cigarette la plus prisée ? La Marlboro qui fait 60 % de part de marché. Combien de paquets consignés ? Top secret. L'inflation des prix a fait du tabac une denrée de luxe, prisée et facile à revendre. Le hangar est donc placé sous haute sécurité.
Au fond du site d'ailleurs, une salle spéciale «cadenacée» regorge de boîtes de cigares conservées dans un coffre-fort « ou la température ne dépasse pas les 17° et l'hygrométrie reste à 70 %...», explique Philippe Gatti, au milieu des barreaux de chaises cubains ou argentins, enrobés dans de magnifiques boîtes de bois parfumé.
Ces cigares coûtent de 2 à 55 euros, voire plus, à l'unité. Certaines boîtes sont facturées 3 000 euros. Un bon moyen de doper le marché morose du tabac ? Le cigare, produit de luxe s'associe à la clientèle de certains établissements de la principauté qui disposeront d'un fumoir. Un secteur qui n'est pas sans déplaire à Philippe Gatti, grand amateur, qui fait le choix directement auprès producteurs de cigares, des produits qu'il propose aux tabacs de la principauté.
Cedric Verany
Source : nicematin.com